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Découvrez Özgen Eryaşa, l'ausculteur de la pierre

Özgen Eryaşa, ausculteur de la pierre Le parcours artistique d’Özgen ressemble plus à un labyrinthe qu’à un trajet. Il a toujours entendu en lui l’appel de l’art mais son milieu socio-familial, bien que très encourageant pour le développement de ses talents, l’a vivement dissuadé d’orienter sa carrière dans ce sens. Fils d’ingénieur, ces influences l’ont orienté vers les sciences dès l’école primaire, mais Özgen a toujours chéri l’expression artistique sous toutes ses formes. Il avait, avant l’âge de dix ans, peint, taillé nombre de jouets dans le bois, fait de l’origami (on ne l’appelait pas ainsi à l’époque), composé des poèmes, appris à jouer de l’harmonica et commencé à étudier une langue seconde. Son milieu familial, valorisant les arts et la culture, avait développé en lui le plaisir de visiter des galeries d’art et des musées, dont plusieurs exposaient des œuvres classiques plusieurs fois millénaires dans sa Turquie natale. Ce fut ses premiers contacts artistiques avec la sculpture.

 

Sa famille a immigré au Québec en 1961. Özgen a vécu ce déracinement plutôt comme une renaissance et a rapidement adopté le Québec comme terre d’accueil où les gens semblaient moins jugeant et plus enclins à valoriser l’expression artistique. Ou bien était-ce sa perception qui avait évolué ? Il n’empêche que, à 15 ans il rêvait de former un groupe de musique populaire, rêve qu’il a réalisé l’année suivante. Toujours très influents, ses parents l’ont dissuadé d’orienter sa carrière vers la musique, alors il a quitté ce groupe qui commençait à se faire remarquer et a poursuivi des études en génie.

Il a su découvrir, durant ses études en génie physique, la quintessence de l’art; dans les phénomènes physiques qu’il étudiait, il retrouverait palettes infinies de couleurs, harmonies, chaos, musique, structures et formes spatio-temporelles d’une abstraction défiant l’imagination et équations complexes produisant souvent des résultats d’une élégance poétique. À son insu, ses études en génie auront beaucoup contribué à faire évoluer sa vision artistique.

Ses études terminées, il s’adonne à la photo, à la peinture, au tissage, crochet et tricot, au travail du bois et à la musique. En 1995, un ami ébéniste l’introduit à la sculpture sur bois; ce sera le premier contact direct d’Özgen avec la sculpture. Interpellé par cette forme d’art, il entreprend une série de cours de sculpture sur bois et argile. Ses instructeurs reconnaissent son talent et l’incitent à réaliser des œuvres figuratives réalistes. Mais avec son caractère méticuleux, il s’attarde plus aux détails qu’à la création.

En 2005, un concours de circonstances l’emmène à prendre, non sans appréhension, un cours d’initiation à la sculpture sur pierre, medium qu’il percevait comme étant d’une noblesse et d’une difficulté au-delà de ses moyens. Séduit par ce médium, il poursuit des cours avec Eugène Jankowski, psychologue de profession, qui reconnaît chez Özgen ce potentiel sommeillant et le pousse dès le début vers des créations abstraites. Après une certaine hésitation Özgen comprend que les formes abstraites représentent le mieux la convergence de ses intérêts artistiques, en particulier de l’écriture humoristique, en une seule forme d’art. Il apprend à dialoguer avec la pierre, l’observer, l’ausculter dans tous ses détails, l’écouter et travailler avec elle. Il puise son inspiration de sources très variées qui comprennent notamment les fractales auxquelles il s’intéresse depuis un certain temps.

« Pour mes abstractions, je fais rarement un croquis à l’avance car je ne sais pas la forme qui se détachera de la masse. Cette forme se révèle peu à peu, au fur et à mesure que la pierre se déshabille en se servant de mes mains. Ainsi l’aspect final apparaît progressivement, telle une improvisation musicale, au gré des sentiments et images qui se bousculent dans ma tête ».

Peu à peu il développe une démarche qui s’appuie sur quatre éléments de base :

  • Continuité : transition fluide entre les éléments morphologiques, visant à éveiller la curiosité de l’observateur et évoquer en lui le désir de voir ce qui se trouve sur les autres facettes.

  • Espace négatif : espace évidé ou dépression suggérant un vide donnant un air de fragilité à la pierre rigide, amplifiant la continuité des formes par le contournement de discontinuités.

  • Polymorphisme : la forme abstraite pouvant être vue et interprétée selon l’angle et le point de vue de l’observateur, chacun y voyant ce qui l’interpelle.

  • Contraste : une région de la pierre laissée à son état brut ou adoucie, nivelée, ciselée mais pas polie, s’opposant au reste de la sculpture et exposant la pierre au naturel.

Bien qu’il préfère l’abstrait, il crée aussi des œuvres figuratives qui souvent comportent des éléments abstraits qu’il intègre avec humour et harmonie. Le plus souvent improvisées, ses œuvres abstraites sont le résultat d’une subtile fusion harmonieuse de topologie, d’humour, de mathématiques, de musique, de cosmologie et de poésie. Özgen a finalement trouvé le moyen de libérer sa créativité refoulée, qu’il n’hésite pas à ponctuer de titres humoristiques à double, voire parfois à triple sens.


« Je recherche des formes fluides dans la masse à sculpter. Mes œuvres comportent souvent un clin d’œil subtil, un polymorphisme, que je communique par le moyen de titres humoristiques adaptés. Ainsi, une baleine à nageoires en forme de main, avec un visage anthropomorphe s’intitulera Cétacé mythique ».

Sa résidence principale étant à Papineauville, dans l’Outaouais, à l’été 2009 il organise à Montebello Sculpture en deux temps, une exposition de sculptures et de peintures. Il y invite son mentor et ami Eugène Jankowski ainsi que deux peintres proches de lui. L’exposition, proposant des éléments et activités inhabituels, sort des sentiers battus et fait parler jusque sur les ondes de SRC Ottawa-Gatineau. Plusieurs artistes professionnels de la région visitent l’exposition et reconnaissent le talent d’Özgen. On l’invite même à faire partie du groupe Les Créateurs de la Petite Nation (www.createursdelapetitenation.com), invitation qu’il acceptera.

Conseiller en gestion dans les technologies de l’information le jour, l’amour de la sculpture sur pierre le dévore et il y consacre une bonne part de ses temps libres. Durant ses trois premières années il réalise quinze œuvres, ensuite sa cadence s’accélère, il réalise plus de trente œuvres durant les deux années qui suivent et participe à huit expositions; la majorité de ses œuvres sont vendues. En 2009, en reconnaissance de la qualité de son travail, une de ses sculptures est acquise par la ville de Saint-Basile-Le-Grand lors de la Fête des Arts et il remporte à l’Expo Concours de La Prairie le 1er prix de sculpture dans la catégorie Sculpteurs non professionnels.

Parmi les prochains défis que Özgen se prépare à relever il y a quelques projets de sculpture de grandes dimensions, un projet d’exposition mixte intégrant ses œuvres littéraires, ses fractales et ses sculptures, l’établissement de son exposition Sculpture en deux temps comme étant un évènement artistique de haut niveau dans la Petite Nation, des ateliers de sculpture pour des jeunes de sa région et la taille de pierres de haute dureté telles les gneiss et les granites. En 2010 il participera à pas moins de huit expositions dont les dates seront affichées à la page http://www.aspm.ca/Html/ActivitesIndiv.html du site de l’Association des sculpteurs sur pierre de la Montérégie dont il est le vice-président.

Si dans les œuvres d’Özgen on retrouve une grande sensibilité exprimée par des formes harmonieuses, on trouve chez lui un grand talent de communicateur; il est un ambassadeur hors pair de son art et partage généreusement sa passion au grand plaisir des visiteurs qui s’attardent devant ses œuvres.



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