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France Clermont : L’urgence de peindre
Il y a un début à tout. La pratique de l’art ne fait pas exception : il faut tenir un jour un pinceau pour la première fois… avant de décider de ne plus le lâcher. C’est ainsi qu’a commencé France Clermont, voilà un an à peine, une première année à peindre au terme de laquelle elle prépare déjà son premier vernissage : « J’ai un sentiment d’urgence incroyable ! Parce que j’ai commencé si tard, j’ai encore beaucoup à faire pour devenir une artiste accomplie. Aussi je n’ai pas de temps à perdre ». Si France considère qu’elle n’a pas assez de toute sa vie pour peindre, c’est qu’elle aurait préféré venir à l’art bien plus tôt : « J’aurais aimé commencer avant… ». Le déclic, ce qui l’a amenée à la peinture, c’est la découverte de son médium de prédilection : « Je n’aimais pas peindre à l’huile… En fait, j’ai commencé à peindre vraiment lorsque j’ai découvert l’aquarelle. » Née à Montréal, elle a grandi autour de la ville : « on a déménagé beaucoup. J’ai passé un certains temps sur la rive sud, à Brossard entre autre, avant de prendre mari (et pays) pour aller vivre dans les Laurentides. » « J’ai trois enfants… et six petits enfants. La vie m’a donc choyée à plusieurs niveaux. » Ayant mis longtemps sa créativité au service de la famille, elle cherche désormais à élargir la portée de sa sensibilité à travers une forme d’art qui lui ressemble : « Je vais de l’avant même si c’est pas toujours évident. Je me sens un peu effrontée. En fait, j’ose… Parce que c’est très intime, la peinture. C’est ton âme… C’est un peu se mettre à nu. » En toute simplicité, France Clermont a choisi de peindre parce que ça correspondait à un besoin à cette étape de son existence. En jeune autodidacte, elle ne se soucie guère en ce moment de ce qui sera sa démarche artistique. Si vous lui demandez quelles sont ses influences et quelle école artistique l’intéresse davantage, elle haussera le sourcil avant de balayer l’air du revers de la main : « non… Rien… Je ne m’occupe de rien de tout ça. Je prends des cours… des ateliers, ce qui me permet d’aller à l’essentiel, sans détour, droit au but : j’observe et je m’exécute ». « J’ai fait quelques études quand j’étais plus jeune, mais vous savez, je fais partie de cette génération où les garçons pouvaient étudier, mais pas les filles… » Elle aurait certainement voulu connaître l’art et la peinture très jeune, mais la vie en a décidé autrement : « J’ai fait du dessin… mais pas beaucoup. C’est maintenant que le monde de l’art fait partie de ma vie au quotidien ». Même si elle est venue à l’art assez récemment, France Clermont ne se confine pas pour autant à une sphère d’action limitée. Aussi à l’aise dans le figuratif que dans l’abstrait, France apprivoise régulièrement différentes techniques et incorpore des matériaux nouveaux et inusités avec succès : « Je suis une touche-à-tout. Je change constamment : alors je ne m’attends pas à faire toujours la même chose… J’aurais donc du mal à répondre à des critères stricts, à des demandes comme pondre des séries de tableaux de la même essence. » Ayant travaillé quelque peu avec les techniques mixtes, elle choisit néanmoins de pousser plus loin ses expérimentations à l’aquarelle, sachant qu’elle est encore loin d’en avoir exploré toutes les possibilités. À moyen terme, elle souhaite d’abord apprivoiser la technique de l’aquarelle avant de se lancer dans l’exécution de grands formats. Pour elle, c’est important de respecter les étapes nécessaires : « il faut savoir se préparer pour peindre… On ne parvient pas au résultat voulu tout de suite comme ça… » En choisissant de se tourner vers l’art à cette période de sa vie, France Clermont sait qu’elle se met de l’avant et qu’elle prend le risque ainsi d’être jugée par sa communauté : « Tout le monde a besoin de reconnaissance. C’est le propre de l’être humain. La reconnaissance des pairs… Faut être fait fort. En exposant pour une première fois et en présentant ce que je fais à des artistes d’expérience, je me mets dans une position particulière… J’ose. Ça prend du courage ». Elle sait toutefois que les gens réagissent très bien à ses œuvres : « certains disent ressentir des choses devant mes toiles… Pas seulement les gens qui me connaissent… On m’a parlé d’émotion, d’une certaine douceur soutenue par une grande force, que l’on perçoit dans ce que je fais… » France sait toutefois que l’art est une chose intime qui peut nous toucher comme nous laisser froid. Sur ce point, elle ne se fait pas d’illusion : « Ça ne peut pas plaire à tout le monde. Il faut donc risquer de déplaire à certains. » Elle sait cependant qu’elle donne le meilleur d’elle-même, rien de moins : « Je suis hypersensible. Trop. Et je suis transparente. » C’est justement cette hypersensibilité et cette transparence qui signent véritablement ses œuvres, imposant au médium le rayonnement de sa personnalité. « J’ai besoin, non pas de produire, mais d’exprimer des choses. Je dois le faire tout de suite. Je n’ai pas de temps à perdre. » Cette urgence vient non seulement du fait d’avoir commencé à peindre relativement tard dans sa vie, mais également de cette nécessité d’agir, de cette force de l’âme qui la pousse vers l’action. Son objectif à long terme ? « Faire de l’art à tout jamais ! » Pourquoi pas. Souhaiterait-t-elle vivre un jour de son art uniquement ? « J’aimerais ça, évidemment. Même si les artistes en général ne vivent pas riche… Mais je ne peux pas peindre en ayant ça en tête. Je suis privilégiée. Je ne peins pas pour ça. Quand je peins, je parle, je dis des choses et le merveilleux c’est que de très nombreuses personnes m’ont confié être touchées et ressentir de vives émotions. Alors là, je me dis mission accomplie et à mon tour je suis émue et touchée. » Sa mission en tant qu’artiste ? « Je veux aider… moi et les autres en proposant une vision, en suscitant de l’émotion. Je peins parce que j’en ressens le besoin, évidemment. Donc je peins pour moi. Mais je le fais aussi pour les autres. Parce que je veux apporter ça au monde : ma vision, et puis aussi la beauté. Peu importe ce que les autres en diront. » Tout le programme de l’art, dans son essentielle part sociale, n’est-il pas justement dans la double nécessité de risquer et de mesurer ? « L’important est d’oser et… de doser ! » Alors que l’entretien tirait à sa fin et qu’on lui demanda si elle était satisfaite de la façon dont la rencontre s’était déroulée, France Clermont exprima en toute humilité de la gratitude : « Cette entrevue est déjà bien au-delà de mes attentes. Juste le fait que vous ayez accepté de me rencontrer, moi qui commence tout juste à peindre, c’est déjà extraordinaire… » Il faut bien commencer quelque part, c’est évident. Même l’artiste le plus accompli a un jour tenu un pinceau pour une première fois, tracé une première ligne maladroite… Ce n’est évidemment pas l’expérience du peintre qui fait sa fougue ou qui le rend intéressant aux yeux des autres, mais c’est son œuvre à venir. Cette œuvre qui, issue du laboratoire de l’art et de la vie, montre le chemin à prendre dans la même urgence qui est celle du bonheur qui déploie ses ailes. André Chapleau Retour ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]()
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