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La peur
André Chapleau
2008-10-01 Je l’avoue : je suis tenaillé par la peur. Quelle peur? Toutes! J’ai peur de perdre ce qu’il y a de bon dans ma vie, puis j’ai peur de gagner ce qu’il y a de mauvais… Lorsque tout peut arriver, comment ne pas avoir peur qu’advienne ce que l’on craint? Je n’ai rien d’original, mes peurs sont tout à fait classiques : peur de la maladie, des accidents, de la mort, de la perte d’un être cher, de connaître des difficultés financières, de vivre du rejet, peur du jugement des autres, etc. Tout ce dont je n’ai pas peur, c’est du ridicule, parce qu’il ne tue pas. Le reste, je le crains et le redoute au point d’en faire parfois des cauchemars. Et si tout à coup…? Je sais pourtant que je ne devrais pas me laisser emporter par la peur, puisqu’il est bien connu que la peur n’évite pas le danger. Bien au contraire : la peur qui s’installe, grandit, accable, talonne, obsède. Et puis la vie est pareille aux prédateurs : elle peut sentir la peur. Alors je voudrais cacher ma peur, éviter de la montrer. Mais rien n’y fait : j’ai parfois une peur bleue, je suis vert de peur, je blanchis, pâlis de peur, ou encore je frissonne, grelotte, tremble de peur… Je voudrais bien m’arrêter, mais ce n’est pas si simple. Ce qui m’aide à relativiser, c’est de prendre du recul. Pourquoi ai-je peur, finalement? Est-ce que ma peur empêchera l’inévitable de se produire? Autrement dit : cette émotion primordiale, qui devait à l’origine nous garder sur le qui-vive afin de nous permettre de nous méfier du danger, n’est plus aussi utile de nos jours. En fait, elle a été remplacée le plus souvent par la prudence, qui se différencie de la peur par son caractère rationnel : quelqu’un de prudent se méfie des dangers propres à notre existence d’être hyper-civilisé et ce mécanisme n’implique aucune réaction hormonale particulière. La peur appartient donc au monde de l’irrationnel : les nombreuses phobies, dont la peur du noir, des monstres, de ce qui inspire le dégoût, tout cela ne trouve aucune explication rationnelle à part l’influence des mythes, des contes, des histoires d’horreur reprises par le cinéma et la télévision, ou plus généralement un mode de vie occidental qui a démonisé tout ce que relève de l’inconnu ou de l’invisible, du simple microbe jusqu’au fléau mortel. Évidemment, on ne peut négliger la part culturelle de la peur : certaines choses qui engendrent la peur pour quelqu’un d’ici ne provoqueront peut-être aucune réaction chez un habitant des antipodes, et inversement. Ce caractère relatif de la peur me rassure : je conçois ainsi qu’il n’y a, la plupart du temps, aucune raison d’avoir peur. Alors si parfois vous éprouvez comme moi de l’épouvante, de la terreur ou de l’anxiété; si vous avez le trac ou la trouille; si vous avez des épisodes de paranoïa, de peur panique ou des crises d’angoisse, dites-vous bien qu’il n’y a rien à craindre : peu importe vos inquiétudes ou vos dispositions, ce qui devra arriver finira par advenir, peur ou pas. Ce n’est pas que je souhaite verser dans le fatalisme, mais je suis persuadé que la peur ne permet en rien de contrôler l’avenir ou de se prémunir contre l’implacabilité du destin. Bien au contraire, la peur nous garde dans un état de vulnérabilité qui tend à provoquer le malheur plutôt qu’à le prévenir. Je ne vous dis pas que je cesserai ainsi, du jour au lendemain, de connaître la peur. Malheureusement, je suis incapable de contrôler certains aspects irrationnels de mon existence. J’aimerais bien, mais bon… Toutefois, je tenterai de relativiser les choses le plus possible. Qui sait? Peut-être qu’un jour je ne serai plus dominé par la peur? J’aurai alors réussi à dompter mes craintes et à rire des monstres et autres calamités, les réduisant à néant, laissant les mythes aux mites et trouvant dans l’obscurité, plutôt que la peur de l’invisible, la promesse des merveilles à venir. Commenter ce blogue Retour |