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La page blanche
André Chapleau2008-09-02 Le syndrome de la page blanche ? Connais pas ! Pour moi, une page blanche est une si forte invitation à la remplir que je m’empresse de le faire tout de suite, sans presque y réfléchir. C’est pourquoi je n’ai jamais eu cette angoisse de l’écrivain qui, au moment d’écrire, a soudainement la tête vide et ne peut plus rien faire d’autre que d’apposer la date du jour… Au-delà de ce fait incontournable, rien n’est certain. Pourtant, au moment d’ouvrir le document du projet en cours, ou encore un tout nouveau document, l’enthousiasme se fait déjà sentir : aujourd’hui, je vais écrire quelque chose d’extraordinaire ! Les idées sont là. Il ne suffit plus que de les amener toutes proches, au seuil du conscient, et de laisser le débordement faire bouger les doigts. Rien de plus simple ! Pourtant, c’est là que ça se gâte. À la frontière de l’inconscient et du conscient, les idées se bousculent. On ne sait plus trop, parfois, ce qui participe du génie et ce qui appartient au contraire au détail secondaire, à l’anecdote douteuse, au rebut cérébral. Et puis dès que le doute s’empare de soi, il est difficile de reprendre la barre : on a soudainement l’impression qu’on ne pourra plus y arriver, qu’on est trop nul, que plus rien de bon ne pourra sortir de sa tête. On souffre, et plus on souffre, moins la guérison est envisageable. Le cinéma nous a habitué aux clichés d’usage : l’auteur ajuste sa feuille sur sa machine à écrire (cet item appartient désormais à une technologie d’un autre âge), commence une phrase, la relis, sort la feuille, la chiffonne et la lance dans sa corbeille à papier. De nos jours, le syndrome de la page blanche est plus écologique : d’un seul geste du petit doigt ou de la souris, on efface tout et on recommence. Pour le reste, les subterfuges d’hier et ceux d’aujourd’hui restent les mêmes : on se lève de sa chaise, on s’étire, lance une balle au mur, allume la télé, on sort un stylo et du papier au cas où le problème se trouvait au niveau technologique, on appuie le stylo sur son front, on le mâchouille puis le rejette par dépit sur son bureau. De nos jours, on serait tenté d’aller sur Internet, de consulter des résultats sportifs, de visiter des galeries virtuelles, de lire le blogue du jour : tout pour ne pas être confronté au vide qu’on nous emplit la tête. Certains auteurs ont même recours aux bienfaits de la relaxation, méditation ou autre procédé de resourcement. On peut mettre aussi un disque inspirant, puis on en change trois ou quatre fois, en ce disant que non, ce n’est pas tout à fait ça, qu’il faudrait quelque chose de plus ceci, de moins cela. On voudrait trouver tout de suite la bande sonore de son livre, croyant qu’il ne restera plus qu’à mettre des mots sur cette musique, mais on finit par arrêter le disque : rien n’y fait. Alors le silence devient si lourd qu’on finit par quitter le bureau, quitter la maison pour aller se promener, aller faire un tour pour se changer les idées. On sait déjà qu’on n’arrivera plus à rien. Mieux vaut penser à autre chose. Personnellement, je ne souffre pas du syndrome de la page blanche. J’ai su très vite y remédier : je me suis fait un modèle de document, avec mon logiciel de traitement de texte, qui me permet d’écrire en blanc sur un fond noir. Vous riez, mais ça fonctionne ! Et le syndrome de la page noire ? Ne m’en parlez pas… ! Mais au moins, lorsque je rumine des idées noires, ça ne paraît pas. Et puis quand je n’arrive pas à blanchir mes pages de mon écriture, je change parfois de couleur. Ça me rappelle que tous les moyens sont permis pour contourner le problème… Il n’y a pas qu’une seule façon de ne pas écrire : il y en a une infinité. Alors lorsque vous souffrirez du syndrome de la page blanche, pensez à ceci : il vaut toujours mieux n’avoir rien à dire que de dire n’importe quoi. Cela dit, même moi je l’oublie parfois… Commenter ce blogue Retour |